Les points en commun des champions

Les points en commun des champions

Par François Drolet, coach et conférencier

Intro:

Printemps 2005. A l’approche des Jeux olympiques, mon ancienne coéquipière sur l’équipe canadienne de patinage de vitesse, Nathalie Lambert, me proposa pour lui succéder sur le comité organisateur de la réunion d’athlètes dans le cadre du programme Own The Podium (à nous le podium) où nous allions réunir tous les espoirs de médaille canadiens pour un week-end au Lac Louise afin de les préparer mentalement pour les Jeux Olympiques de Turin.

Des  psychologues sportifs réputés ainsi que les plus grands champions olympiques canadiens de notre génération seraient réunis pour parfaire la préparation mentale de tous ces athlètes, de leurs entraîneurs et des équipes de soutien. L’idée étant bien sûr de les préparer à une année qui leur amènerait beaucoup d’émotions et de stress avec l’opportunité de se faire valoir sous les yeux attentifs de tous les Canadiens et du monde entier.

C’était pour moi une superbe opportunité de participer à ce projet auquel je croyais grandement. C’est donc par conférences téléphoniques que nous avons monté la programmation du week-end, réunissant une brochette impressionnante d’intervenants.

Étant présent à ce séminaire, ayant même l’honneur de m’aligner parmi tous ces athlètes extraordinaires à titre de conférencier, j’ai donc pu assister aux conférences de grands champions. Marnie McBean, Gaétan Boucher, Steeve Podborsky, Sylvie Bernier, Curtis Harnet, Catriona Lemay-Doan, ont, entre autres, présenté leur cheminement.

Marnie Mc Bean expliqua comment ce sont des gens ordinaires qui réalisent des choses extraordinaires. Elle raconta qu’elle voulait être tellement forte qu’elle arriverait à gagner même dans une mauvaise journée. Steeve Podborsky relata de brillante façon ses histoires de ski avec les Crazy Canucks. Catrina Lemay Doan nous expliqua qu’elle avait quelques mots-clefs simples qu’elle se disait pendant ses courses comme «forte-relaxe». Gaétan Boucher expliqua comment il était revenu d’une fracture à la cheville très près des Jeux pour y réaliser des performances historiques.

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Même si j’ai été moi-même champion olympique au relais, j’avais l’impression que mon statut d’athlète n’avait rien à voir avec ceux de ces extraordinaires champions et je me sentais un peu intimidé à l’idée de faire partie de ce groupe légendaire de conférenciers. Quand même, j’y ai présenté mon histoire à ma façon et j’ai été agréablement surpris des réactions suscitées par ma présentation. Elle a touché bon nombre d’athlètes et j’en ai eu de très bons commentaires. Le Dr. Jensen lui-même m’a donné de très bons mots en me mentionnant que mon discours comportait plusieurs points importants au niveau de la préparation mentale.

Mais quel privilège et quelle source d’inspiration que d’écouter le récit de tous ces champions. À mon retour dans l’avion, gonflé à bloc, j’ai pris des notes et tenté de mettre en relief les points communs de ces histoires et les caractéristiques qui revenaient chez tous ces grands champions. Alors les voici enfin.

  1. Ils se croyaient capables de réaliser leur objectif:

Si évident, vous direz. Bien oui, c’est là que ça débute. Être profondément convaincu que nous sommes en mesure de réaliser notre objectif.

Être vraiment capable de se visualiser atteignant leur objectif, ces champions l’étaient tous. Pour eux, être champion olympique n’était pas seulement un rêve, ils se croyaient vraiment en mesure d’y arriver.

Je me souviens d’une entrevue diffusée à la télévision avec Donavan Bailey, où il disait qu’en regardant une course avec les meilleurs sprinters de la planète (probablement au Jeux Olympiques), il s’est dit; « Je peux battre ces gars-là». Il était alors convaincu qu’il pouvait devenir champion olympique. Il n’était évidemment pas certain qu’il allait y arriver mais quand même bien convaincu qu’il lui était possible de réaliser son rêve.

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Pourquoi autant de joueurs de hockey graduent dans la ligue nationale de hockey de père en fils? Il y a bien sûr une question de génétique et le fait que les parents leur donneront l’opportunité en les supportant et en les inscrivant dans les meilleurs programmes. Mais à la base, ces jeunes y croient car ils ont vu leur père qu’ils côtoient chaque jour passer par là. Donc au fond d’eux, c’est très possible. Un infime pourcentage des tous  jeunes joueurs de hockey se retrouveront un jour dans la LNH. Eux, ils osent y croire et plusieurs y arrivent!

Comment Marc Gagnon, à 17 ans seulement, a pu remporter son premier championnat du monde? Qui a pris la deuxième place à ces mêmes championnats du monde? Sylvain Gagnon. Eh bien oui, son grand frère Sylvain, qui faisait partie de l’élite mondiale et que Marc avait pu suivre avec grande admiration. Là encore, je suis convaincu que Sylvain aura joué un rôle majeur dans le développement de Marc en lui pavant la voie, en lui montrant que c’était possible, accessible.

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Posez-vous la question avant de vous fixer un objectif. Est-ce que vous y croyez vraiment? Êtes-vous capable de vous visualiser ayant atteint cet objectif. Si vous n’êtes pas sûr, je vous suggère d’y travailler. Soit vous convaincre que c’est possible, soit revoir votre objectif.

2. Très et motivés par leur objectif et valorisent le succès

Encore une fois, ça peut sembler évident comme constat. Mais ces champions ont un désir de vaincre, de se dépasser, de devenir les meilleurs qui sortent chaque fois de l’ordinaire.

Une chose m’a surpris à mon retour au pays avec la médaille d’or olympique en 1998. C’est comment les gens qui semblaient le plus impressionnés par mon exploit étaient généralement des gens qui ont eux-mêmes beaucoup de succès dans leur domaine respectif.

Nous avions été invités au Gala Métro Star peu après les jeux de Nagano. Nous, les athlètes, étions tous bien impressionnés de nous retrouver au beau milieu de toutes ces vedettes de la télévision et du film québécois. Eh bien nous avons vite réalisé que les sentiments étaient mutuels. Ces grandes vedettes, les Marc Gagnon( l’acteur), Guillaume Lemay-Thivierge, Caroline Néron étaient tout aussi enthousiastes que nous pouvions l’être de nous rencontrer.

Je me souviens aussi très bien de la réaction de Marc Tardif (ancien joueur des Nordiques et maintenant homme d’affaires) lorsqu’il m’a rencontré avec ma médaille au club de tennis Avantage à Québec. Il était sincèrement ravi et démontra beaucoup d’admiration pour mon exploit. Ça m’a fait vraiment spécial de provoquer une telle réaction pour un joueurs de hockey alors que j’ai toujours été un grand fan de ce sport.

Je me suis questionné là-dessus pour en conclure simplement que ces derniers sont impressionnés par le succès parce qu’ils valorisent le succès. Pour avoir du succès, il importe donc de valoriser le succès, d’avoir à cœur de réussir.

  1. Des passionnés

Quelques mois après le regroupement d’athlètes au Lac Louise, je me suis retrouvé aux jeux olympiques de Turin comme membre de l’équipe de mission pour l’AOC (l’Association Olympique Canadienne): Mon rôle était de faire le lien avec les athlètes en m’occupant du salon aménagé pour ces derniers et de distribuer les billets pour assister aux différentes épreuves olympiques.

Partout dans la ville, les organisateurs avaient installé d’énormes bannières. Sur ces bannières, on pouvait y lire le slogan des jeux de Turin « Passion lives here! » La passion vit ici. J’ai vraiment trouvé que ce slogan était excellent. C’est bien vrai que ces athlètes qui arrivent à un tel niveau sont tous de purs passionnés. C’est donc beau de voir des gens passionnés, c’était donc beau de voir tous ces athlètes qui vivent littéralement pour leur sport. Ils arrivent aux jeux avec des préparations irréprochables et ils sont fébriles, s’apprêtant à vivre un de leurs plus grands rêves.

J’aime dire, lors de mes conférences, que tous ne seront pas nécessairement poussés par une grande passion pour le sport ou que tous n’auront pas nécessairement un désir de vaincre hors norme, mais que peu importe ce que l’on fait, il est important d’y mettre tout notre cœur. D’agir avec passion. Que vous aimiez peindre, jouer du violon, jardiner, faites-le donc avec passion. Même de travailler devrait être fait avec passion. Agir avec passion, pour moi, c’est simplement d’y mettre tout son cœur. C’est en cherchant à exceller qu’on développe une passion pour une activité, qu’on arrive à se dépasser, à se valoriser et à tirer une satisfaction de ce que l’on fait. Je dis souvent que la satisfaction que l’on tirera de ce qu’on fait sera en bout de ligne proportionnelle aux efforts qu’on y aura consacrés. Et ce, peu importe le résultat. J’aime penser que si je peux sentir que j’ai fait tout ce que je pouvais pour être à mon meilleur, que j’ai mis les efforts proportionnels à l’ampleur du défi, je ne peux qu’être satisfait, fier de moi-même et heureux peu importe ce que sera le résultat final. Disons que ça enlève drôlement de pression de penser de cette façon.

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  1. Travaillants acharnés et perfectionnistes

Bien sûr, on ne devient pas l’un des meilleurs au monde dans sa discipline par le simple fruit du hasard. Ça demande évidement énormément de travail et d’engagement pour arriver à être le meilleur dans une discipline. Ces grand champions ont ce point en commun qu’ils sont des travaillants acharnés. Ils sont prêts à tout pour atteindre leurs objectifs et sont 100% dédiés à leur cause.

Des gens ordinaires arrivent à des réalisations extraordinaires en y mettant toute leur passion, toute leur détermination et en y travaillant sans merci.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre non plus que ces champions ont tous le souci du détail. Ils sont prêts à tout faire pour s’améliorer. Cela demande parfois de gros sacrifices, mais c’est avec le temps et à force de bien s’appliquer qu’on devient un des meilleurs dans sa son domaine.

  1. Confiance au programme et en leur équipe d’encadrement

Dans chacun des discours de ces grands champions, on pouvait sentir l’importance qu’ils apportaient à leur équipe de soutien et le rôle que ces derniers ont pu avoir sur leurs performances. Ils étaient tous convaincus qu’ils avaient la meilleure équipe pour les amener vers les grands honneurs. Cette confiance est primordiale pour arriver à bien s’engager dans un programme et pouvoir se concentrer sur sa propre tâche.

Charles Hamelin m’a présenté un excellent exemple de ce point. Charles, qui a remporté 3 titres de champion olympique, est un athlète décrit par son coach Derrick Campbell comme un athlète exemplaire. Un athlète avec une excellente attitude, qui sait mettre son énergie au bon endroit. Le type d’athlète que tout entraîneur rêverait de coacher.

Seulement quelques mois après que j’eus commencé à travailler avec l’équipe canadienne de patinage de vitesse en 2013, je me retrouvai en coupe du monde à titre de responsable de l’équipement. Les patineurs aiguisent normalement leurs lames de patins eux-mêmes à moins d’avoir un bris d’équipement ou un problème quelconque. Charles fut le premier à me demander de lui aiguiser ses patins, et ce, avant une grande finale. Ceci afin de lui permettre de faire du vélo stationnaire et ainsi d’éliminer l’acide lactique accumulé lors de sa dernière course et pour se tenir réchauffé pour la finale qui s’en venait. J’étais un peu nerveux mais bien content de l’aider et de sentir sa confiance, moi qui, malgré le fait que j’ai été patineur, venait à peine de commencer avec l’équipe. J’ai eu par la suite à régulièrement aiguiser les lames de Charles avant des finales en coupe du monde et j’ai même perdu le compte de toutes les médailles d’or qu’il a remportées dans ces circonstances.

Pour avoir confiance en son entourage toutefois, il faut d’abord avoir confiance en soi. Ceci est un autre sujet, mais il est impossible de faire confiance aux autres si vous n’avez pas une bonne dose de confiance en vous au préalable.

 Charles Hamelin

En conclusion :

Vous avez sans doute tout ce qu’il faut pour être champion à votre façon. Vous avez ce qu’il faut pour vous accomplir en réalisant de beaux exploits, de belles réussites. Ce qu’il faut se rappeler est qu’il est important à la base d’y croire et d’être prêt à mettre les efforts pour atteindre ses objectifs. Que vous ayez le désir ou non de décrocher les grands honneurs est bien personnel. Tous ne seront pas champion olympique. Mais je crois qu’il est important de faire ce que l’on aime et de s’appliquer à bien le faire. Il est important de faire confiance en son équipe, d’y mettre les efforts, toute sa passion et surtout de croire en ses rêves.